Erwan Chavonet, vous sortez d'un post-doctorat effectué dans le cadre du WP3 Promise du GPR Bordeaux Plant Sciences, quelles ont été vos recherches au cours des trois dernières années passées à Bordeaux ?
Une grande partie de mes recherches s’est concentrée sur la résistance des baies mûres de Cabernet Sauvignon et de Merlot face à Botrytis cinerea, après une élévation de température appliquée trois semaines auparavant sur les grappes herbacées de boutures fructifères.
Ces expérimentations, menées durant trois années, ont donné des résultats convergents : une tolérance accrue face au champignon, induite par la chaleur, observée uniquement chez le Cabernet Sauvignon (le Merlot étant naturellement résistant, avec ou sans stress thermique).
Je me suis intéressé aux modifications des défenses préformées (présentes avant inoculation), susceptibles d’expliquer cette résistance accrue. En particulier :
- (i) la cuticule (cire et cutine),
- (ii) les tannins condensés présents dans la peau,
- (iii) l’ensemble des métabolites présents dans la baie (approche globale).
La chaleur entraîne une augmentation de la quantité de certains monomères de cutine et des tannins condensés, qui pourraient contribuer à la tolérance accrue observée chez le Cabernet Sauvignon.
L’analyse ciblée des métabolites a révélé une teneur plus élevée en stilbènes chez le Merlot, quelle que soit la température, ce qui pourrait expliquer sa résistance basale.
L’analyse non ciblée a mis en évidence un ensemble de métabolites potentiellement impliqués dans la résistance induite par la chaleur, soit comme défense, soit comme facteur de sensibilité (favorisant l’infection par B. cinerea).
Description du protocole expérimental tel que publié dans Chavonet & al., 2025. © E.Chavonet/Plant Stress
Pourriez-vous nous décrire le protocole expérimental que vous avez déployé pour arriver à ces résultats ?
L'objectif de cette expérience était de voir si une exposition de grappes de raisin à une chaleur importante avait un effet sur les pathogènes, et plus spécifiquement sur Botrytis cinerea. En d'autres termes, étudier l’effet de la température, d’un stress lié à la chaleur, sur les grappes et leur sensibilité à Botrytis.
Pour cela nous avons pu compter sur du matériel végétal produit par le laboratoire EGFV, des plants de vigne identiques à celles que l’on trouve au vignoble.Ces plants étaient élevées dans des serres, et c’est là que nous avons appliqué notre stress de chaleur sur ces boutures fructifères.
Pour cela nous avons mis un place un système permettant d’isoler les grappes du reste de la plante. Un « tunnel de chauffe » composé d’un chauffage et de réflecteurs thermiques. Il était important que le stress de chaleur ne s’applique qu’à la grappe en elle-même, sans abîmer ni toucher les feuilles, les racines ou la tige qui devaient rester soumises aux seules conditions (contrôlées) de la serre.
Cela peut paraître absurde, mais il faut savoir que, dans les vignobles, sous l'effet du soleil, on peut observer des différentiels de températures de 10°C au niveau des grappes par rapport à la feuillage. Ce sont ces observations de terrain, difficiles à reproduire dans des protocoles classiques sous serre, que nous avons voulu simuler ici.
Nos plants passent donc 6 jours pendant lesquels les jeunes grappes sont soumises au stress thermique avant de rejoindre des serres classiques où les grappes vont pouvoir murir.
C’est à ce stade que nous allons voir si ce stress thermique a un effet sur la résistance ou la sensibilité à Botrytis cinerea. On détache les baies de nos grappes pour les placer dans une test in vitro qui reproduit les conditions optimales de développement du champignon (22°C et 100% d’hygrométrie) et c’est là qu’on inocule le mycélium sur chacune des baies. On observe ensuite la progression des symptômes sur environ deux semaines. Selon les symptômes de surface, leur évolution, on peut en tirer des courbes de progression du champignon et de niveau de maladie en fonction des cépages et de l’application ou non du stress thermique.
Suivi de la progression des symptômes après inoculation de B. cinerea sur baie de raisin © E.Chavonet
Le programme Bordeaux Plant Sciences cherche notamment à se pencher sur la question des "trade-offs". Qu'en est-il dans vos recherches ? En avez-vous mis en évidence ?
Nous avons cherché à déterminer si cette résistance induite s’accompagnait d’un compromis sur la croissance ou le développement des baies.
Aucun compromis n’a été mis en évidence : ni la maturation (accumulation des sucres et anthocyanes), ni le poids ou le volume des baies avant inoculation n’ont été altérés.
Votre postdoctorat étant terminé, que peut-on vous souhaiter pour la suite ?
Mon objectif est de trouver un poste pérenne d'ingénieur ou de chargé de recherche, dans le public ou le privé, dans lequel je pourrai valoriser l'expérience acquise, notamment ces trois années de postodoctorat. La recherche, c'est ce que j'aime faire alors je veux continuer dans cette voie !
Références
Chavonet E., Mirande-Ney C., Bernardo S., Guinand C., Delestre G., Zhan X., Valls Fonayet J., Prigent S., Van Delft P., Pascal S., Joubès J., Lecourieux D., Fermaud M., Domergue F.
Deciphering heat-enhanced resistance of grapevine berries to Botrytis cinerea highlights differential cuticular and secondary metabolite accumulations between Merlot and Cabernet Sauvignon, Plant Stress, Volume 18, 2025, 101051, ISSN 2667-064X. https://doi.org/10.1016/j.stress.2025.101051
Ces travaux ont été réalisés au sein du WP3 Promise - Plant tolerance to multistress: from phenotypes to genes dans le cadre du Grand Programme de Recherche de l'université de Bordeaux Bordeaux Plant Sciences.
Le GPR BPS bénéficie d’une aide de l’État attribuée à l’université de Bordeaux en tant qu’Initiative d’excellence, au titre du plan France 2030 ainsi que du soutien de la Région Nouvelle-Aquitaine.

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