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Isolées comme jamais : les plantes aquatiques des lacs et étangs du littoral aquitain

Dans sa thèse, soutenue le 24 mars 2026, Estelle-Marie Debailleul (UR EABX /UMR BioGeCo) met en avant l'important isolement génétique des communautés à isoétides que l'on retrouve dans les lacs et étangs du littoral aquitain. Des résultats précieux pour les gestionnaires en charge de ces écosystèmes sensibles.

Publiée le

Les lacs et les étangs du littoral aquitain sont des écosystèmes uniques à l’échelle de la France, et plus largement à l’échelle européenne. Oligotrophes et peu profonds, ils hébergent des communautés végétales originales, d’intérêt patrimonial, dont certaines espèces sont aujourd’hui menacées.

Les travaux menés par Estelle-Marie Debailleul dans le cadre de sa thèse* - qui ont donné lieu à une publication dans Conservation Genetics - apportent un éclairage important sur la diversité génétique de ces plantes lacustres, macrophytes aquatiques, soumises à la fois à des pressions anthropiques croissantes (eutrophisation, changement climatique et espèces invasives) mais aussi à un important isolement géographique. Autant d’éléments qui pourront servir aux opérations de conservation et de restauration envisagées pour protéger ces espèces.

Combinant écologie des communautés et génétique du paysage, la doctorante s’est penchée sur 9 espèces que l’on retrouve dans ces lacs du littoral aquitain » : Baldellia ranunculoides, Eleocharis multicaulis, Juncus bulbosus, Littorella uniflora, ​​​​​​​Lobelia dortmanna, ​​​​​​​Myriophyllum alterniflorum, ​​​​​​​Phragmites australis, ​​​​​​​Schoenoplectus pungens,​​​​​​​ Chara fragifera.

Pour chacune de ces 9 espèces, la fréquence et la diversité génétique intra spécifique ont été analysées et comparées au regard de leur distribution sur l’ensemble des 30 stations étudiées, elles même réparties sur cinq lacs du littoral aquitain (Carcans-Hourtin, Lacanau, Cazaux-Sanguinet et Parentis-Biscarrosse, et l'Etang blanc de Soustons-Seignosse ).

Pour Estelle-Marie Debailleul, et pour Aurélien Jamoneau (UR EABX) et Olivier Lepais (UMR BioGeCo) - ses co-directeurs de thèse -, les données obtenues permettent de mettre en avant des « niveaux de différentiation exceptionnellement élevés, trois à dix fois supérieurs aux valeurs typiques des plantes aquatiques. » Une forte différenciation donc, qui indique « un flux génique extrêmement limité entre populations ». Soit une diversité génétique importante d’une station à une autre, d’un lac à un autre, au sein d’une même espèce, allant dans le sens d’un fort isolement géographique.

Les trois scientifiques signalent malgré tout des capacités de dispersion contrastées selon les plantes. A titre d'exemple, la Scirpe à tiges nombreuses (Eleocharis multicaulis) semble n’être que peu impactée par la distance (r = 0.10, corrélation faible) contrairement au Jonc bulbeux (Juncus bulbosus) pour lequel l’isolement joue un rôle important (r=0.80).

Parmi les espèces étudiées, deux bénéficient d'un statut de protection nationale et font l'objet d'un Plan National d'Actions. La situation de la première, la Lobélie de Dortmann (​​​​Lobelia dortmanna), est considérée comme critique, compte tenu d’une très faible diversité génétique. La seconde, Lobelia uniflora, révèle une différenciation qui compte parmi les plus élevées du réseau (forte diversité, signal du peu de flux de gènes entre les différentes stations).

Cette thèse et les travaux associés mettent en avant l’effet conjugué de la limitation de la dispersion et du filtrage environnemental dans la structuration de la biodiversité des lacs côtiers aquitains. Des travaux qui illustrent l’important isolement de ces espèces lacustres, à la fois facteur de différenciation mais aussi facteur de fragilité dans des contextes de pression climatique et anthropique.

Les scientifiques signalement par ailleurs un nombre plus important de clones (absence ou très faible diversité génétique) dans les lacs les plus dégradés ou les plus isolés. Une réponse adaptative qui pourrait découler d’un compromis effectué entre potentiel évolutif à long terme et préservation des populations à court terme. Autant d’éléments dont il faudra tenir compte dans les plans de gestion à venir pour ces espèces isolées comme jamais.

 

Alexandre Reteau
université de Bordeaux

Références

  • Publication dans Conservation genetics :

Debailleul, EM., Jamoneau, A. & Lepais, O.
Genetic diversity of aquatic macrophytes in Aquitaine lakesConserv Genet 27, 20 (2026). https://doi.org/10.1007/s10592-025-01746-7

  • Page dédiée sur le site web du Métaprogramme BIOSEFAIR 

ISOETIDES - La biodiversité des lacs côtiers aquitains est structurée par les faibles capacités de dispersion des espèces et des filtrages environnementaux ​​​​​​

*thèse université de Bordeaux / INRAE, co-portée par l'UR EABX et l'UMR BioGeCo. Financement INRAE Métaprogramme BIOSEFAIR et Région Nouvelle-Aquitaine

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